L'une des collines qui constituent les terres de l'Escandorgue était celle qu'ils préféraient. Orientée au sud, elle était couverte au printemps de jonquilles, les naines du Causse, celles dont la couleur jaune enchante et dont le violent parfum enivre. Y poussaient aussi des iris nains, blancs, jaunes et violets, qui, au hasard du ruissellement des eaux et grâce au travail d'abeilles botanistes, étaient devenus, au fil des saisons, blancs tigrés de bleu, bleus tigrés de jaune et même violets et jaunes panachés.
C'était également sur ses pentes, qu'en avril elle venait cueillir la laitue vivace qu'ici on nomme "breuda", dont la feuille dentelée, d'un vert bleu, à la saveur légèrement anisée fait le régal des gourmets !
Mais plus que tout, ce qui glorifiait la colline était la parure d'asphodèles orgueilleux et dressés qui la revêtaient tout entière de leurs hampes fleuries en mai.
Comme il n'aimait pas la cueillette, qu'elle au contraire adorait, il lui restait
la découverte, lorsque le temps ne permettait pas une sieste au "cagnard" dans les buis.
Et c'est ainsi qu'il découvrit, au beau milieu de leur végétation touffue, une grande pierre allongée, qui, dressée, avait dû, autrefois, être un majestueux menhir.
Depuis ce jour, sa principale préoccupation fut de trouver les moyens de le redresser.
Il entreprit tout d'abord de le dégager des buis qui le recouvraient, ce qui révéla une dalle de trois mètres de long, cinquante centimètres de large et autant d'épaisseur, blanche, et que les intempéries avaient creusée de mille petites crevasses.
Un rapide calcul fit évaluer au scientifique qu'il était, sa masse, et il réalisa qu'il ne pourrait seul venir à bout de l'entreprise.
Que faire donc dans ces cas là ?
Aucune hésitation : faire appel à l'Ami ! L'Ami de toutes les entreprises hasardeuses, l'Ami de tous les paris un peu fous, l'Ami enfin qui seul trouverait l'idée absolument géniale et pas du tout risquée ni difficilement réalisable !

