La journée avait été belle quoique passablement ventée ; mais un coucher de soleil de vapeurs cuivrées avait laissé place à une nuit calme que la lune rousse qui se levait énorme à l'horizon promettait de rendre féerique.
On était à peine à la mi-Mars et cependant il y avait déjà une semaine que les oiseaux avaient repris ce chant nocturne qu'ils émettraient une grande partie du printemps.
Il flottait dans l'air comme une promesse de changement, quand, la nuit, tout à coup, s'emplit de coassements.
Ils naquirent d'abord, tout autour, dans les buis, puis parurent s'en éloigner pour gagner sur la gauche l'endroit où ils se multiplièrent, à savoir : le Coustalou.
Le Coustalou n'était rien d'autre qu'une toute petite mare, un trou d'eau, que la falaise calcaire contre laquelle il s'appuyait, prenait soin d'emplir par capillarité même les années de grande sécheresse. Il avait une forme de coquille d'huître et descendait en pente douce vers le fond, là où sourdait l'eau. Sa profondeur était réduite, suffisante toutefois pour que des poissons rouges s'y trouvent à l'aise et s'y multiplient.
Jadis, il avait été l'unique point d'eau où venaient s'abreuver les bêtes, et avait du connaître des troupeaux de brebis bêlantes ainsi que des bœufs liés par le joug. Puis un jour, un enfant, un qui marchait à peine s'y était noyé. Maintenant, circonscrit par une margelle surmontée d'un grillage il paraissait inoffensif, inutile, ne pouvant même plus servir de mare à canards. Pourtant, cette nuit là, c'était manifestement vers lui que convergeait toute une armada de crapauds lourds et patauds.
Il en arrivait de toute part, à ne plus savoir où poser les pieds, à se demander où, l'été, quand se fait entendre le "touout, touout" solitaire d'un de ses êtres, avaient pu disparaître tous ses semblables.

