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Bien sûr, il y eut parfois des engueulades, surtout pendant la période du dressage. Aussi du plus loin que Pigassou apercevait un ruisselet grossi par l'orage, une flaque laissée par l'averse, il se mettait à invectiver Martinot. Martinot, je te préviens, attention à toi, gare à toi si j'attrape le fouet ! disait-il en tirant sur les rennes. L'âne, comme si de rien n'était, continuait d'un pas normal sa route, tout juste s'il avait frémi des oreilles, il attaquait tout aussi tranquillement l'obstacle, puis, quand il était en plein milieu, brusquement il se laissait choir de tout son long sur le ventre, faisant verser la carriole et projetant immanquablement son conducteur dans l'élément liquide. Alors, s'asseyant sur son train arrière, il y allait de son rire tonitruant ! Pigassou eut beau le frapper, le priver d'avoine, le cajoler, rien n'y fit, il n'arriva pas à le guérir de ce vice. Le seul remède qu'il trouva, c'est de ne pas sortir après l'orage, ou bien alors de chercher à chaque fois des itinéraires qui évitaient les petites étendues d'eau ? Ce qui était souvent un véritable casse tête, et qui le faisait passer pour un peu bizarre auprès de ces concitoyens : - Alors comme ça, toi tu passes par la Montagnette pour aller aux Rompudes ? Mais ça te fait le triple du chemin ! Ce qu'il était par ailleurs : car jamais il ne rechigna devant l'ouvrage, tirant le tombereau de fumier ou la charrette des vendanges avec la même opiniâtreté, conscient des devoirs qu'il avait envers son maître. *** Et puis aussi il avait ses têtes ! Notre âne, lui, avait pourtant remarqué que, lorsqu'elle passait auprès de lui, elle lançait un rapide regard en coin sur, sur, sur… sur ce qui faisait qu'il était un mâle et non une femelle….Voilà ! Alors lui, du plus loin qu'il la voyait venir, tout en faisant semblant de dormir, il laissait pendre entre ses jambes le majestueux organe dont il était pourvu, puis, quand mademoiselle Prudence arrivait au niveau de sa tête brusquement il tournait la tête, lui tirait la langue, et y allait de son rire tonitruant. Ce qui faisait fuir à toutes jambes cette dernière, rouge comme on coquelicot, se signant, et marmonnant qu'il était bien vrai que les ânes étaient des créatures du Diable ! *** Par contre, il partageait avec son maître l'amour des enfants.
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Malgré tout, Pigassou souffrait de ne pas avoir d'enfants. Le jour venu, il se préparait : bourgeron bleu, pantalon rayé , cravate rouge sans oublier le couvre chef, de feutre l'hiver, de paille l'été . Puis il le coiffait, en hiver d'un feutre noir identique au sien, fait sur mesure, et percé de deux trous pour laisser passer les oreilles, l'été d'un chapeau de paille percé de même et orné d'un ruban assorti à la couleur des roues. Alors seulement, il s'occupait des enfants. Comme il ne pouvait en prendre que trois à la fois dans la voiture, il inscrivait le nom de chacun sur des cartons mis dans une boîte. Puis, lorsque tous étaient là, il demandait à Martinot de tirer les noms : - Et pas plus de trois à la fois ordonnait-il Ah qu'il était fringant et bruyant l'attelage ! Pigassou faisant claquer en l'air son fouet orné de faveurs, les enfants riant et actionnant la trompe, Martinot trottinant sans cesser de braire. *** Pigassou, pour les raisons que j'ai dites plus haut, n'aimait aller en ville que le strict nécessaire, à savoir deux ou trois fois l'an pour les foires, afin de remplacer le matériel agricole défaillant ou quelques éléments de sa garde robe que sa coquetterie le poussait à renouveler. Or une année, on le vit aller à la ville plus souvent, il en arriva même à s'y rendre tous les vendredis pour le marché aux vins. Et les commentaires d'aller bon train : - Moi je vous dis qu'il a quelqu'un. C'est pas avec sa petite vigne qu'il a besoin de savoir tous les vendredis le cours du vin ! *** En fait, c'était cette fine mouche de Mélanie qui avait vu juste. Pigassou avait bien rencontré quelqu'un, ou plutôt quelqu'une, et personne n'en aurait jamais rien su si le pot aux roses n'avait pas été découvert, comme nous allons le voir. |
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La suite est en ligne > 3 © Michèle Puel Benoît 2000 |
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