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Ce n'était pourtant qu'une tente berbère semblable à beaucoup d'autres, noire et tissée à partir des laines de
dromadaires et de chèvres ; mais, était-ce dû à la texture même de sa toile qui, en tamisant la vive lumière
extérieure, la transformait en une sorte d'oasis de fraîcheur, ou bien à l'odeur enivrante des herbes qui
emplissaient de nombreux couffins, ou encore au souvenir des moments heureux qu'y avait connus son enfance,
il ne savait pourquoi, et pourtant, aucun autre endroit ne l'émouvait autant !
De nombreux mats disposés au centre et sur le pourtour, divisaient l'espace en plusieurs emplacements aux vocations
bien définies. A gauche en entrant, se trouvait la cuisine et ses multiples corbeilles en paille d'alfa; des plats en
terre cuite rouge étaient disposés sur une natte : ils allaient du très grand pour pétrir le pain, jusqu'à celui pour
le tajine au curieux couvercle conique. En son milieu trônait un poêle dont le four exhalait une bonne odeur de pain
chaud.
A droite le salon avec ses matelas de laine garnis de coussins bariolés, son tapis aux motifs berbères colorés oranger, jaune, turquoise, et sa table basse.
Sa grand-mère, assise en tailleur sur un matelas, le dos bien calé par des coussins l'accueillit en ces termes :
« Approche, lumière de ma vie, comment va le fils adoré de la préférée de mes filles ? Que Dieu ait son âme ! »
« Bonjour, grand-mère, que la paix d'Allah soit avec toi, puisse-t-il te maintenir toujours en bonne santé ! »
« Merci mon fils, que Dieu te protège » puis « Assieds-toi, nous allons boire le thé. »
Zoubeida prit alors la bouilloire posée à côté d'elle sur les braises du kanoun et versa de l'eau chaude dans la théière
pour l'ébouillanter. Devant elle, sur un plateau que soutenaient des pieds de bois sculptés, étaient disposés, outre la
théière ventrue, des verres à thé décorés de motifs de couleur. Un plateau plus petit portait la boîte contenant les
précieuses feuilles ainsi qu'un pain de sucre déjà entamé mais encore enveloppé de papier bleu. Après avoir reversé
l'eau dans la bouilloire, elle plaça au fond de la théière un nombre précis de pincées prélevées dans la boîte,
auxquelles elle ajouta de la menthe fraîche et quelques blocs de sucre détachés à l'aide d'un marteau de cuivre
ouvragé. Elle compléta ensuite avec l'eau frémissante.
Personne ne parlait, le cérémonial réclamant une observation scrupuleuse du rituel. Quand elle estima que le breuvage
avait assez infusé, de ce geste traditionnel, elle en versa dans son verre une petite quantité, prenant bien soin de le
verser de très haut afin de mieux juger de sa teinte et faire entendre un joli bruit de cascade. Ensuite elle goûta,
puis, satisfaite, elle servit l'enfant. D'une corbeille recouverte d'une serviette elle sortit un pain blond, rond et
chaud qu'elle rompit et offrit accompagné, Ô luxe inouï, d'une assiette remplie d'un mélange d'abricots confits et
d'huile d'olive. «Tiens, mange, c'est pour toi. » Dit-elle en poussant l'assiette devant Omar. Celui-ci trempa sans
plus attendre son pain dans la savoureuse friandise et se mit à manger.
Une fois bus les deux verres de thé obligatoires, le garçon osa enfin aborder le sujet pour lequel il était venu.
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« Grand-mère, regarde ce que j'ai trouvé, dit-il en tendant la carte. N'est-ce pas qu'il est beau ce
paysage ? Et la mosquée pointue recouverte de neige ? Pourquoi ne neige-t-il jamais au Sahara ? »
« Ce n'est pas une mosquée, mon fils, répondit-elle, mais une église : la mosquée des chrétiens, ensuite il n'est pas
vrai qu'il ne neige jamais chez nous. Ma mère m'a raconté, elle le tenait de sa grand-mère, que cette dernière lui
aurait dit qu'à l'époque de sa propre grand-mère, il était tombé un soir du ciel de drôles d'innombrables petites
plumes aussi blanches que du lait de chamelle. »
Cela avait duré toute la nuit et au matin les tentes disparaissaient sous une couverture blanche qui masquait même
l'ocre des dunes. De mémoire d'homme on n'avait jamais vu pareil phénomène ! On en chercha l'explication et ce fut
encore une fois la sage aïeule qui en eut la révélation. En observant le troupeau de chèvres, elle constata qu'il y
avait parmi les bêtes une chèvre qui ne ressemblait à aucune autre : elle était un peu plus grande, possédait un pelage
d'un roux sombre, d'étranges cornes palmées ornaient son front, et surtout sa queue courte, dressée et toute blanche
possédait la curieuse faculté de faire neiger quand elle tournait ! Les mouvements circulaires plus ou moins rapides
de cette dernière donnaient naissance à une infinité de petites graines blanches duveteuses aussi légères que duvet
de poussin, qui voltigeaient un moment dans l'air avant de se poser.
C'était bien là, sans aucun doute, l'animal fabuleux dont parlaient toutes les légendes berbères ! Il resta un jour
entier avec le troupeau et puis, au matin, il avait disparu.
« Le soleil revenu l'avait chassé avec la neige ! Pfuit ! Jamais plus il n'a réapparu ! Et pourtant, moi je l'attends
toujours, j'aimerais tellement le voir! Conclut Zoubeida en soupirant : E-wah ! »
« Moi aussi grand- mère, moi aussi », répondit l'enfant tout rêveur.
Le temps passa. Pour Omar, nulle journée ne s'écoulait qu'il ne songe à cet animal mythique aux pouvoirs si
extraordinaires. Dès son réveil il accourait vers le troupeau pour voir si, grâce à la complicité de la nuit,
le fabuleux animal ne s'y était pas introduit. Mais son espoir était toujours déçu.
Or, il arriva qu'un jour de janvier, le ciel se charge d'une curieuse manière ; le soleil se trouva voilé non pas par
une de ses nuées jaunâtres annonciatrices de quelque vent de sable, mais d'une sorte de brume aérienne et blanchâtre
qu'il n'avait jamais vue auparavant.

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